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nutile de présenter la Tecktonik, cette danse électronique et surtout ce phénomène marketing en pleine vogue en France et ailleurs dans le monde. À priori, ce nouveau style de danse très spectaculaire se veut être une saine occupation pour la jeunesse (parfois dès le plus jeune âge). Pourtant une polémique fait rage sur internet : la Tecktonik puise-t-elle son inspiration dans la période nazie ?
Rythme lancinant et répétitif, presque martial, logo calqué sur l'aigle nazi, port de brassards noirs, vocabulaire assez guerrier ("Tecktonik killer")... Bref, autant d'éléments qui prêtent à la controverse. Le goût de certaines affiches (ci-contre) paraît lui aussi douteux. Outre l'évocation du masque à gaz, certains y reconnaissent la casquette d'Hermann Göring, le Reichsjägermeister Nazi.
Alors doit-on reconnaître une conspiration nazie derrière le phénomène Tecktonik ? La question relève surtout du fantasme. Il semblerait que ce soit simplement des "erreurs de jeunesse" comme se défend Cyril Blanc, cofondateur de la marque Tecktonik : “J’ai trouvé l’image belle, je ne savais pas que cette casquette était celle de nazis.” Bref, pas vraiment de quoi s'inquietter, sauf peut être du manque alarmant de repères culturels chez ces jeunes Tecktonikiller.
Cependant, une chose fait tâche : le propriétaire de la marque Tecktonik n'est autre que TF1. Et quand on fait la rapprochement avec la fameuse politique de "lavage de cerveau" assumée par TF1, on peut alors s'interroger sur les effets pervers du phénomène. En effet, ça me semble vieux-jeu d'énoncer celà mais c'est pourtant flagrant : les jeunes générations ont de moins en moins de références culturelles et historiques. Par exemple, selon un sondage publié par l'hebdomadaire allemand Die Zeit, les deux tiers des Allemands de 14 à 17 ans ignorent ce qu'est l'Holocauste. En France on ne doit pas en être loin. Or le fait de mélanger aujourd'hui des symboles nazis avec une nouvelle mode ne fait qu'aggraver cette perte de repères. Même constat dans le domaine du vocabulaire : "fasciste" ou "raciste" sont employés à toutes les sauces mais sait-on encore ce qu'est réellement le fascisme ou le racisme ? Surtout qu'aujourd'hui le véritable fascisme contemporain est à l'opposé de la croyance populaire (mais ceci est un autre débat).
Je ne veux pas non plus dériver le débat vers Sarkozy, pourtant on peut remarquer cette même propention à mélanger les symboles dans ses discours : Guy Moquet (symbole communiste), Jean Jaurès, Léon Blum, la "politique de civilisation" emprunté à Edgar Morin, etc... toutes ses références sont agencées dans un melting-pot indigeste qui a finalement pour effet de casser ces références. Par exemple, Guy Moquet est devenu aujourd'hui un symbole républicain.
La Tecktonik, même si elle le fait de façon tout à fait anodine et innocente, participe elle aussi à cette destruction des références. TF1 ne peut que s'en réjouir : un cerveau sans références est un cerveau plus maléable.
Impasse84, le blog de Pierre F. Syme, docteur en philologie.
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